Des jardins spécialisés OU des jardins universels et personnalisés ?

Jardins spécialisés ou jardins universels et personnalisés ?

Que serait un « jardin spécialisé » ?

Un jardin dont on voudrait qu’il soit, par exemple, « pour les enfants », « pour les personnes handicapées », « pour les malades d’Alzheimer », etc.

Aussitôt, problème : le jardin pour les malades d’Alzheimer, est-il fermé à leurs petits enfants ? Le jardin pour les enfants, les adultes s’y ennuient-ils ? Le jardin pour les personnes ayant telle ou telle incapacité, est-il inhospitalier aux personnes qui en ont d’autres ou qui semblent n’en avoir pas ? Etc.

En spécialisant ainsi, on risque de fermer le jardin à de nombreuses personnes, et de réduire le nombre d’expériences que l’on pourra y vivre.

Autre problème : à moins – et encore… – d’être très prudents et très savants, le risque est grand que la catégorie utilisée – les personnes malades d’Alzheimer ; les personnes ayant tel type de handicap ; etc. – draine avec elle tout un tas d’idées reçues, de stéréotypes, de généralisations. Que les jardins se mettraient à refléter en excluant telle ou telle dimension au prétexte qu’elle ne serait pas pertinente pour « ces gens là » : sous entendant donc que le handicap psychique, une déficience motrice, l’autisme, la maladie d’Alzheimer, etc., rend soudain toutes les personnes qui ont cela pour point commun amoureuses des mêmes paysages, des mêmes plantes, de la même nature…

Il en irait alors du jardin comme il en va par exemple, parfois, de la musique quand des gens (professionnels compris) vous parlent de la « musique qu’aiment les personnes âgées » :

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Georges Brassens avec l’un de ses chats

et de vous citer alors Tino Rossi, Maurice Chevalier… et rarement, très rarement les tubes que les octogénaires d’aujourd’hui entendaient ou écoutaient quand ils avaient 20 ans dans les années 50-60 (Presley, Haley, Brassens, Vian…).

<Ce qui ne signifie pas que ces personnes n’aiment pas Edith Piaf : juste que leurs parents auraient préféré alors qu’ils n’aiment qu’Edith Piaf et pas les musiques « de sauvage » sur lesquelles ils allaient danser 🙂 >

Pour toutes ces raisons, nous sommes très prudents devant tout « jardin spécialisé » et préférons recommander de travailler dans une autre perspective, à la fois beaucoup plus universelle et beaucoup plus personnalisée.

Des jardins universels

Un jardin universel est un jardin qui assume de renoncer à certains éléments (bassin profond et accessible ; escalier de pierres moussues et inégales ; massif de digitales et de ricins ; etc.) pour être à la fois accessible à tout le monde et pour tout le monde sans danger. Cela implique des renoncements, mais en échange : ouverture maximale au plus grand nombre possible d’humains, quels que soient leur état, leur âge, leur situation, leur trouble… ; danger minimum pour tous ces humains (et tranquillité accrue pour ceux qui en prennent soin). Ainsi, des jardins qui peuvent profiter d’être de vrais lieux de co-existence et d’échanges entre humains de tous styles !

Le « jardin universel » permet également d’éviter le risque qu’une démarche de spécialisation du jardin soit vécue comme une démarche négative, appauvrissante, de réduction du jardin (ce qu’il ne peut pas être, ce qu’on ne peut pas faire, parce que tel ou tel public ne peut pas…). Il nous place au contraire dans une visée universalisante (comment faire pour que tout le monde puisse… ?).

Jardin(age) et personnalisation

Ensuite, au sein de ce jardin universel, et c’est ici que les professionnels du prendre-soin, de l’accompagnement, jouent un rôle fondamental : l’ajustement, la personnalisation, autrement dit le fait de veiller, d’aider, à ce que chaque personne puisse vivre en ce jardin les expériences qu’elle désire, qui la motivent, lui font du bien, etc.

(La personnalisation ne nous empêche pas, évidemment, de proposer des activités adaptées à un groupe de personnes ayant des situations et/ou des envies et plaisirs proches… comme elle ne nous empêche pas de proposer, au sein de ce jardin universel, des activités plus ludiques pour les uns, plus intellectuelles pour les autres, etc.)

Musiques, animaux, jardins…

Il en est finalement des jardins comme de la musique ou des animaux… que l’on trouve aussi dans le prendre-soin. La musique est universelle, comme le sont les animaux : au sens où l’on ne va pas créer une musique pour malades d’Alzheimer, une musique pour enfants autistes, un animal pour handicapé moteur, etc. !

Des musiques, des animaux. Avec toute leur richesse. Ensuite, des adaptations pour que le plus possible de personnes puissent entendre les musiques, entrer en relation avec des animaux ; des précautions, pour que nul ne soit blessé. Puis, de l’ajustement, de la personnalisation : des musiques singulières et des animaux singuliers, pour des relations singulières et signifiantes, avec des personnes singulières.

Et pourtant !

Et pourtant, une fois toutes les précautions prises pour ne pas tomber dans les clichés, pour ne pas appauvrir le jardin, pour ne pas uniformiser, etc., il reste qu’il est nécessaire de proposer quelques petites recommandations, quelques petits points de vigilance liés à certains jardins et à certains publics. Voir : De quelques jardins particuliers

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