Ecopsychologie et jardinage – 1

Ecopsychologie et jardinage (1)

Parmi les activités que l’on peut avoir au jardin, certaines sont particulièrement intéressantes parce qu’elles nécessitent / permettent un état particulier : celui où l’esprit et le corps peuvent être réellement ensemble. Un état pas si courant, si l’on en juge par la fréquence des situations : où l’esprit s’échappe hors du lieu où est le corps, hors de ce qu’il fait ; où le corps se fait poids mort, quasi immobile, pour que l’esprit travaille…

Du jardinage

Parmi ces activités, les artisanales. Mais aussi, qui nous intéresse encore plus ici : le jardinage. Un très grand nombre de jardiniers expriment les bienfaits de ces moments où en jardinant ils sont pleinement à ce qu’ils font, et souvent sans même le réaliser pleinement posés, intégrés, dans l’ici-et-maintenant du jardin.

On ne s’étonnera donc pas de constater à quel point les activités de jardinage aident certaines personnes, depuis des enfants dits « hyperactifs » jusqu’à des personnes présentant un syndrome démentiel et dites « agitées », à se poser, se reposer, se concentrer, et éprouver soudain du plaisir à le faire.

Ecopsychologie et jardinage : palettes et chemins…
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Richesse des sensations que le jardinage permet, grande variété des tâches, des mouvements, des activités, grande palette de ce qu’elles permettent aussi de vivre comme besoin d’être en relation avec une « nature » plus ou moins libre ou dirigée, sauvage ou artificielle, très peuplée ou assez pauvre, etc.

Et nous ne parlons pas ici, ce qui ouvrirait encore plus de chemins, de toutes les manières différentes, quand chaque jardinier peut avoir sa parcelle, son bac, etc.,  de la cultiver, de l’organiser, d’en faire une parcelle nourricière ou fleurie, une terre d’ancrage ou d’expériences, un lieu intime ou très ouvert…

(Le jardin en son entier est en effet souvent métaphore de soi, de la relation au monde et aux autres : jardins méticuleusement soignés de jardiniers qui négligent leur corps ou leur santé ; jardins dominés ou sauvages ; jardins où toute vie est pourchassée ; jardin vécu comme un cadeau ; jardin décrit comme une contrainte ; jardin de renaissance ou d’épuisement, etc.)

Motivations

A la richesse des activités correspond bien la richesse des motivations. On peut jardiner – et jardiner d’une certaine manière plutôt que d’une autre – pour des motivations esthétiques, écologiques, physiques, économiques, politiques, sociales, créatives, artistiques, psychologiques, pour plusieurs à la fois bien souvent.

Essentiel de s’y intéresser, car ces motivations sont au coeur de ce que nous travaillerons dans les jardins thérapeutiques. Parce que si l’on ne sait pas ce qui motive les potentiels usagers-jardiniers, on aura bien du mal à concevoir un jardin attirant pour eux, ajusté à eux.

Parce que la motivation liée au jardinage est l’une des plus fortes, des plus efficaces à utiliser aussi quand il s’agit de conduire des activités thérapeutiques au jardin. En effet, certaines actions, certains gestes, certaines tâches, que le patient-jardinier ne ferait jamais (ou jamais très longtemps) dans sa chambre, ou en salle, sont accomplies, avec une facilité déconcertante parfois, quand elles sont intégrées dans son jardinage. Les pages consacrées aux activités, à l’hortithérapie, etc., parlent de ces aspects.

Liberté et autonomie

Est-ce un hasard si parmi les dimensions qui reviennent les plus souvent quand des jardiniers parlent du jardinage, de leur jardinage, figurent (dits avec ces mots là ou d’autres) l’autonomie et la liberté ? Deux des dimensions les plus importantes du prendre-soin…

Le jardin est un lieu où le jardinier se sent libre (ce qui est d’autant plus remarquable qu’un jardin qu’on respecte contient en fait de très nombreuses contraintes), autonome. Une co-autonomie quand le jardinier prend à coeur de respecter autant que faire se peut l’autonomie de son jardin

Jardiner, c’est prendre-soin de soi

Ecopsychologie et jardinage - imgQuand on entend certains jardiniers, on a du mal à associer jardinage et prendre-soin de soi : les voilà qui râlent contre les tâches qui cassent le dos (bonne nouvelle : la plupart sont inutiles si l’on sort de certaines pratiques classiques et improductives), qui pestent contre le temps pris à faire telle ou telle action, qui vont parfois jusqu’à maudire ce jardin qui les empêche de fréquenter leur chaise longue ou de partie en vacances . (Pour une approche pleine d’humour de ces sujets, voir le livre de Karel Capek, L’année du jardinier). Et pourtant…

Et pourtant : d’une part ils seraient malheureux si tout d’un coup le jardin s’auto-entretenait de telle manière qu’ils seraient condamnés à la chaise longue ou poussés vers la porte des vacances ; d’autre part ils ont en réalité besoin de dépenser au jardin l’énergie qu’ils y dépensent.

Allons même plus loin, en affirmant qu’il est probable qu’au-delà de l’énergie, ce sont les manières même de jardiner qui correspondent à des besoins. Tel jardinier qui conduit très méticuleusement cette parcelle potagère prend soin de son besoin de méticulosité en le vivant ainsi au jardin. Tel autre qui y laisse pousser tout ce qui se sème à tout vent, tel autre encore qui plante plus que de raison, etc. Chacun vous parlera sans doute des « besoins de [son] jardin ». Chacun vous parle en fait des besoins auxquels il a besoin de répondre (pour son équilibre, son bien-être, etc.).

Sans doute est-on là au coeur des liens les plus forts entre ecopsychologie et jardinage : la manière dont on prend soin de son jardin est une manière de prendre soin de soi et de ses relations à la nature [1]. Un principe que nous retrouverons au coeur de nos activités dans les jardins thérapeutiques.

[1] Précisons que « prendre soin » ne signifie pas toujours « bien prendre soin ».

Prendre soin

Insistons, pour conclure, sur cette dimension de prendre soin, qui se décline en effet sous toutes ses formes au sein du jardin thérapeutique. Prendre soin des usagers du jardin en leur offrant le plus possible d’occasions de prendre soin du jardin et de ses habitants. En utilisant des manières de prendre soin : qui respectent et favorisent la capacité du jardin à prendre soin de lui ; qui respectent et amplifient la capacité du jardinier à prendre soin de lui à travers ce jardinage. Visant donc une cohérence qui permet d’aboutir à un réel prendre soin de nos relations à la nature.

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