La nature thérapeutique… de la nature

La nature thérapeutique… de la nature (Ou Comment la nature prend soin de nous)

Evaluer, constater, les bienfaits thérapeutiques de la nature et des jardins ne suffit pas : il nous faut aussi chercher à comprendre les phénomènes qu’ils mettent en œuvre, sur lesquels ils s’appuient. Nous ne pourrons en effet amplifier ces bienfaits dans les jardins thérapeutiques que si nous sommes capables d’y proposer les activités (écothérapies, et hortithérapie notamment) et les supports aptes à les faire naître et à les vivifier.

De la biophilie à la phyto-résonance

Beaucoup de recherches, de travaux, sur les relations humains-nature : parmi eux, ceux de Edward Wilson autour de la notion de biophilie, et ceux de Paul Shepard. Ce dernier ayant cherché à comprendre à la fois la force de ces relations, et le pourquoi de ce à quoi l’on assiste aujourd’hui en matière de destruction de la nature, du vivant, y compris de destruction par notre espèce de son biotope et des conditions mêmes de sa survie.

Des travaux de Shepard, trop nombreux et complexes pour les résumer ici, nous retiendrons surtout la notion, mise en valeur par France Pringuey, de phyto-résonance. Ce qui se joue dans la relation avec le monde naturel, avec les vivants autres qu’humains, et ici tout particulièrement avec les végétaux (phyto-).

Résonance : un très juste terme, qui exprime bien qu’on se situe ici dans une relation entre des êtres d’une nature très particulière, où il peut y avoir unisson – deux êtres qui vibrent ensemble – ou non – un être peut provoquer en l’autre une résonance, sans pour autant que cela vibre en lui de semblable manière. Résonance dit bien aussi différence : même quand elle est à l’unisson, elle n’est pas fusion, confusion, entre les êtres.

Résonance donc : entre le jardin et l’humain, entre le jardin que l’on regarde, que l’on jardine, et nos paysages intérieurs. De là à dire que le jardinier se jardine en jardinant, il n’y a qu’un pas (que nous proposons de franchir dans d’autres pages de ce site). En attendant, notons juste qu’en prenant soin du jardin, il prend aussi soin de lui-même.

Concernant Paul Shepard, une très intéressante page sur le site www.eco-psychologie.com :
Analyse critique du livre de Paul Shepard Nous n’avons qu’une seule terre
Bienfaits indirects et bienfaits directs

Biophilie, topophilie, phyto-résonance, etc. : quelles que soient les termes, les approches, les recherches, presque toutes pointent d’un côté ce que les blessures des relations avec la nature (ou les « carences de nature », comme dirait Richard Louv) créent comme conduites pathologiques ou comme symptômes ; d’un autre côté ce que les relations maintenues, retrouvées, et sur lesquelles s’appuieront les jardins thérapeutiques, permettent en termes de prévention, de guérison, etc.

Au-delà de ces théories, il est essentiel d’évoquer aussi ici, synthétiquement, quelques dimensions fondamentales, en s’efforçant de toujours nous baser sur les vécus, les expériences, les témoignages, des personnes. Ce sont eux, au-delà des différentes hypothèses théoriques, qui nous guideront (d’où les liens indiqués ci-dessous au fil du texte entre ces dimensions et les principes, puis les recommandations, des jardins thérapeutiques).

Dehors

En rappelant une évidence : seul l’extérieur est, pour certaines personnes, à la mesure de leur énergie, de leur besoin d’un espace qui n’arrête pas : les regards, les mouvements, les pensées, le sentiment de liberté… Et ce n’est pas une question d’âge. Ce que Maria Montessori disait au sujet des enfants – « Quand les enfants sont libres de se mouvoir dans la nature, leur force se réveille. » – est valable pour de très nombreux adultes. A commencer par tous ceux qui n’éprouveraient absolument pas les mêmes plaisirs, les mêmes sensations, les mêmes expériences, s’ils menaient leurs activités (sportives, physiques, artistiques, horticoles, etc.) à l’intérieur.

Dehors, c’est bien évidemment aussi l’espace où, en comparaison de l’intérieur, les possibilités d’agir (et d’agir à sa manière), de se dépenser, etc., vont pouvoir se multiplier. Comme va s’ouvrir un champ de sensations et d’émotions aussi vaste que sont vastes les éléments capables, ici, de les faire naître et résonner.

Dehors, mais pas n’importe où…

Il est des extérieurs qui enferment – des rues, des villes, qui dominent, encadrent, étouffent…

Ah, enfin dehors ! Je respire.

La nature, le jardin nous extraient d’un milieu (urbain, routier, etc.) qui, lui, à cause du cumul de différents phénomènes (vigilance obligée quant aux dangers ; attention sans cesse sollicitée ; stimuli puissants, incessants, nocifs ; etc.) conduit à un état de stress permanent.

Un stress qui diminue au fur et à mesure que nous pouvons être dans un lieu où l’attention peut se reposer, vaquer librement, où les sens vont être l’objet de stimuli plus agréables que nocifs, etc. (Nous retrouverons évidemment de manière concrète et détaillée l’ensemble de ces dimensions dans les principes et recommandations des jardins thérapeutiques).

Les liens entre stress, attention(s) et (nature et) jardins thérapeutiques sont très importants. Nous y reviendrons donc ultérieurement, de manière plus détaillée, dans une page spécifique. En attendant, voir les chapitres consacrés à ces sujets dans le livre Jardins thérapeutiques et hortithérapie.
Apprivoisement

Le jardin nous met en relation avec un milieu riche de tout ce que les vivants autres qu’humains peuvent faire résonner en nous… Un espace où tout ce qu’il y a de difficile, de pesant parfois, voire d’insupportable pour certaines personnes, dans les relations entre humains, très psychiquement, intellectuellement, socialement, exigeantes, s’amenuise. La nature nous sollicite sans jamais nous forcer : nous entrons en relation avec elle au fur et à mesure que nous le pouvons. Il y a là quelque chose d’un progressif consentement réciproque, d’un apprivoisement. Un co-ajustement profondément apaisant.

Présence (s)

C’est alors que – ce qui pourrait sembler paradoxal aux yeux de qui ne l’a pas éprouvé – la possibilité s’ouvre : à la fois d’être là plus entièrement, d’être beaucoup plus présent à son environnement, au ici-et-maintenant, et en même temps d’être beaucoup plus sensible au monde environnant.  Présence à soi, présence au monde.

Un phénomène que peuvent tout autant éprouver le thérapeute que la personne dont il prend soin. Ouvrant ainsi, à travers la co-présence au jardin, un nouvel espace de présence à l’autre, dans le cadre de la relation de prendre-soin. Comme l’écrit France Pringuey : « [Le jardin] est une possibilité pour le thérapeute d’être soi-même authentique dans sa co-présence au jardin, à défaut de se co-constituer à un autre en difficulté à être lui même. Et cet accomplissement de soi dans l’ouvert du thérapeute, favorise un véritable portage du patient qui peut être momentanément résolutoire de ses enjeux existentiels. Ludwig Binswanger écrivait : « je suis un animal de charge, un porteur de fardeau ». Nous proposons la co-présence au jardin et la phyto-résonance comme ouverture à la problématique réelle de la situation, pour co-exister ensemble, en allégeant ce fardeau. Ainsi il ne s’agit plus d’une charge mais d’une promenade à effectuer, une traversée d’un monde, un cheminement de l’existence, une constitution de soi ensemble qui se rejoue à chaque instant dans l’aida thérapeutique, au rythme lent du jardin. » (En ligne : Le Jardin de soin : une phénoménologie de la résonance.)

L’espace de la rêverie

Evoquons aussi la rêverie, qui aime tout particulièrement les jardins – et en leur sein certains lieux particuliers, ceux par exemple d’où l’on peut regarder, entendre, une eau qui coule, un feuillage qui tremble, des insectes qui butinent, etc.

Tous les chemins de la rêverie peuvent s’ouvrir au jardin, toutes les formes de rêverie peuvent y trouver support, depuis les plus voyageuses, dans le temps (vers son jardin d’enfance) ou dans l’espace (vers d’autres jardins), jusqu’aux plus créatrices (que la création soit le jardin lui-même ou une oeuvre qui se construit dans le réel du jardin ou dans l’imaginaire du jardinier).

Observation(s) et relation(s)

On ne saurait terminer cette rapide revue sans parler des activités d’observation (des végétaux, des animaux, des saisons, des manifestations du climat, de la lumière, etc.) qui, au jardin, prennent une toute autre dimension, deviennent vite d’une toute autre nature que dans un laboratoire ! Ici, très souvent, entre celui qui observe et celui qu’il observe, des liens se tissent, des relations se nouent. Que nous ne sommes pas obliger de tenter de décrire ici plus en détails : mais qu’on peut laisser, là aussi, ouvrir des chemins où, selon les sensibilités, les affinités, les rencontres, on peut ici encore sentir résonner, vibrer en nous, quelque chose qui vient de cet autre vivant si différent.

A ces quelques premières pistes sur la nature thérapeutique… de la nature, il faut en ajouter quelques autres, plus spécifiques (que l’on tentera de baliser dans les pages suivantes) : certaines davantage liées au jardinage, d’autres classiquement reliées au domaine de la spiritualité (bien que certaines expériences, ressentis, etc., peuvent n’être pas du tout vécues comme « spirituelles »).

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Arcimboldo – Hiver

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